La relation de cette inondation a été faite par un contemporain qui ne nous a pas fait connaître son nom. Il l’avait écrite sur une page blanche d’une bible. C’est cette circonstance sans doute qui nous en a valu la conservation. Nous insérons textuellement cette relation intéressante :
« La postérité aura de la peine à croire le débordement d’eau qui est arrivé dans la ville de Corbigny le mardi 28 avril 1711. Environ une heure et demie après minuit, il arriva si soudainement qu’il surprit quasi tous les habitants dans leur lit, et il vint d’une si grande violence qu’en moins d’un quart d’heure les chambres basses furent remplies presque jusqu’au plancher. Toutes les maisons des faubourgs du boulevard des Capucins et de la Madelaine furent remplies d’eau sur une hauteur de plus de 18 pieds. Elle rompit les portes des maisons, brisa tous les meubles et en entraîna la plus grande partie tant par les portes que par les fenêtres, qui ont été perdus. Tout le quartier du bas de la ville fut inondé jusqu’au plancher des maisons. Cela a causé une si grande perte que tous ceux qui avaient leurs meubles en bas ont été perdus. Il se noya dans ce débordement sept personnes dans leurs chambres en voulant transporter leurs meubles d’en bas en haut. Enfin l’eau devint si haute qu’on ne voyait pas l’empoulie qui est dans une barre de fer au puits qui est sur la place. Elle a causé une si grande perte aux habitants, surtout à ceux depuis la rue qui monte aux dames Religieuses qu’il est presque impossible de le dire , ayant noyé tous leurs bestiaux, brisé et entraîné tous leurs meubles, et la plus grande perte quantité de notes et contrats qui étaient chez les notaires, qu’elle a entraînés et consommés en telle sorte qu’on n’en a presque pu rien reconnaître. Elle renversa une des tours de la ville proche la porte qui va aux révérends pères bénédictins, qui arrêta tellement l’eau qu’elle demeura sans dévoyer plus de quatre heures. Elle a jeté les deux ponts par terre, abattu presque toutes les murailles des jardins, culbuté quantité de maisons. Ce débordement ressemblait plutôt à un déluge qu’à une inondation et a duré depuis une heure après minuit jusqu’à dix heures du matin et est venu par une pluie si violente qu’elle a arraché les portes de la ville et apporté icelles sur le pavé du marché. Jamais il ne s’est vu une désolation si grande, tout le monde criant miséricorde sans se pouvoir secourir, tant à cause de l’obscurité de la nuit que parce que les eaux environnaient les maisons de toutes parts et étaient si hautes que nul ne pouvait prendre pied dans les chambres basses ni sur le pavé. Nos père nous avait parlé du débordement appelé Rembeure mais ce n’était rien en comparaison de celui-ci parce qu’il arriva de jour et ne dura que trois heures, ne monta qu’à moitié de la ville, ne noya personne et très peu de bétail, mais celui-ci a presque tout noyé, a causé une si grande perte que quantité de personnes en sont ruinées. L’on ne saurait quasi dire l’origine de cette inondation sinon qu’elle est venue par les cataractes du Ciel qui se sont ouvertes et ont donné une si grande abondance d’eau au-dessus de Corbigny, du côté de Cervon, que toute sa chute est arrivée par Corbigny, car la rivière d’Yonne n’a pas autrement augmenté. Dieu nous donne sa paix et nous veuille préserver à l’avenir d’un si fâcheux accident et de mort subite. »
FB0001 Inondation meurtrière à Corbigny (28 avril 1711)
Fait divers relevé dans le livre Corbigny de Mr l’abbé Marillier (édité en 1887).
Article mis en ligne le 15 janvier 2026
dernière modification le 27 janvier 2026