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CGHNM : Généalogie dans la Nièvre et le Morvan

Panorama des activités du Cercle Généalogique et Historique du Nivernais-Morvan

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Un fils indigne déshérité (Guipy - 1686)

Voici la transcription complète d’un acte notarié dans lequel des parents déshéritent un de leur fils qui, depuis sa plus tendre enfance et toute sa vie durant, ne cessa de faire les 400 coups et de martyriser sa famille. Cette histoire cruelle et authentique nous est racontée en détail par ses parents dans un acte notarié passé le 10 avril 1686

Article mis en ligne le 30 janvier 2026
dernière modification le 7 février 2026

Source : AD58, cote 3E 22/16, minutes de Florimond CAHOUET, notaire royal à Chitry-les-Mines

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Par devant le no(tai)re royal soubz(sig)né immatricullé au baill(age)
et siège présidial de S(ain)t Pierre le Moutier réservé par sa Majesté,
résidant à Chitry les Mines, estant au chastel et maison seig(neuria)le
de Guippy, le dixiesme jour du mois d’avril mil six cens quatre vingt et six,
après midy, furent présens en leurs personnes messire François DUPRÉ, chevallier
seigneur dudict Guippy, capitaine et major au régiment de cavallerie d’Orléans,
et à son auctoritté dame Anne de BONNY, son espouse, dud(it) seigneur
DUPRÉ, son mary, suffizamment auctorizée et par elle acceptée, et soubz icelle
auctoritté renonçant au bénéfice de division et ordre de droict et discution,
sollidairement un d’eux seul pour le tout, mesme lad(ite) dame à la susdicte auctoritté,
renonçant aussy à l’article quatorzi(esme) de la coustume de ce pays et dusché de
Nivernois, lesquels sieur et dame DUPRÉ estant asséé malheureux d’avoir
un fil(s) nommé François DUPRÉ dict Labrosse lequel dès sa plus
tendre jeunesse a donné touttes les marques d’un mauvais naturelle et d’une
inclination à touttes sortes de vices, qui n’a peu être changé par tous
les soins d’un bon père et d’une bonne mère, auquel parlant dès son enfence,
estant encore en bonne, il a dict qu’il eust voullu la mort de son père
pour mettre sadicte mère hors de la maison, et l’ayant mis aux
estuddes à la suitte d’un Géguiste, frère de sadicte mère, il l’auroict
friponné et dérobbé tout ce qui luy seroict tombé soubz les mains
et ne voullant s’appliquer en aulcune fasson à rien ap(p)rendre ilz l’auroyent
mis chez un maistre d’armes (d’armée) à Moulins pour faire ses exercisses, il luy
auroict faict touttes sortes de friponneryes ce qui auroict obligé ledict
sieur DUPRÉ de le mener en Flandre dans sa compagnie où il auroict encore
plus mal vécu, et nonobstant toutles les bonnes remontrances
d’un bon père il lui auroict donné des chagrains et des déplaisirs mortels
par touttes sortes de débauches ce qui auroict obligé led(it) sieur DUPRÉ
de le faire emprisonner plusieurs fois d’où il sortoit soubz de belles
promesses sans effaicts. Un jour en(tre) autre ayant esté convyé à diner
avec sondict père par Monsieur le Compte de Montail, commandant
en chef [de] l’armée du Roi, comme son lieutenant général au siège de
Marche en famine, auroict ledict Labrosse vollé le couteau à manche
d’argent, la cuillère et la fourchette qui estoyent à son couvert et les auroyent vendu
vendus à un orfebvre de la ville de Denan, au pays de Liège, duquel le
maistre d’autel dudict sieur Compte de Montail les ayant retirés

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les présenta aud(it) sieur DUPRÉ père en présence de grand nombre
d’officiers, luy demandant ce qu’il falloit faire à un fripon qui les auroit
vollé led(it) couteau à manche d’argent, cuillère et fourchette, mengant à la
table de son maistre, ce qui obliga led(it) sieur Dupré de f(ai)re mettre dans
les prisons dud(it) Dinan son malheureux enfent, d’où l’ayant sorty
au bout de quatre mois soubz de belles promesses il volla peu de
temps après le manteau et les pistoletz d’un officier pour quoy ayant
esté derechef mis dans la prison et sorty au bout d’un mois
il tua un soldat de la garnison de Charleroy de gaietté de coeur,
volla ledict s(ieu)r DUPRÉ son père et send ven (s’en vint) trouver sa mère à laquelle
il supposa que son père avoict esté commander pour aller en
Allemagne et qu’il estoit resté mallade en Flandre. Sa mère
l’ayant receu et peu de temps après advertye par le père de la
méchante vie de son enfent essaya et tascha par touttes les dousseurs
dont elle peu s’aviser de le faire entrer dans luy mesme. Peu après
le père estant venu en sa maison en le lieu de Guippy pour faire
une reveue pour sa compagnie fut obligé par sa femme
de remettre avec luy l’enfant penet (pervers ?) auquel ayant faict donné
une soubz lieutenance au régiment de Languedoc, et luy auroict donné un
cheval, des habits, du linge et quelques argent, et laissé vingt pistolles
au maistre d’autel du marquis des Issarts, maistre de camp dudict
régiment du Languedoc, pour lui donner de temps en temps de quoy
subcister honnestement, le méchant enfent ayant joué son cheval, son
linge et son argent, s’en alla trouver ledict maistre d’autel et luy
auroyct dict de luy donner ses vingt pistolles, ce que n’ayant voullut
faire luy disant que sondict père avoit ordonné qu’on ne luy les
donnatz que dans les temps qu’il avoict marqué, sur quoy il auroict mis
l’épée à la main et donné trois coups d’épée aud(it) maistre d’autel,
pour quoy ayant esté emprisonné par ordre du gouverneur de Maubeuge,
nommé monsieur d’Alfense, et sorty quelques temps après il auroict
esté trouvé chez led(it) sieur gouverneur de Maubeuge, où estoict son
son régiment du Languedoc en garnison, couppant les boutons d’argent
du jus(te)-au-corps d’un officier, pour laquelle action il fut chassé
dud(it) régiment et s’end revend (s’en revint) trouver sa mère qui le reçeu encore
et prié led(it) sieur DUPRÉ, son mary, qui estoict venu f(ai)re un
voyage chez luy de luy pardonner. Il l’auroict remené à Lille, en Flandres,

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où sa compagnye étoict en garnison d’où led(ict) père estant allé
à Paris ce méchant enfent fict touttes sortes de friponneries,
voullut mesme tuer son père qui luy faisoit des remontrances,
pour quoy il fut mis en prison par ordre de mons(ieu)r le maréchal
Dhumières, gouverneur du Pays Bas, d’où estant sorty pour suivre
la compagnie de son père qui alloit à Hipres où il volla les
coffres de sondict père, pris ses dentelles, cuillyères, fourchettes et tasses
d’argent et un sabre aussy d’argent, et s’en alla derechef trouver sa mère
qui l’ayant encore receu l’envoya à Pignerol avec le sieur de Blanchefort,
commandant un batallion du régiment de Navarre où il ne fut
pas longtemps sans tuer encore un homme et venir derechef
trouver sa mère qui le receu encore. Il alla pendant ce
temps à Corbigny avec un autre fripon où ayant faict plusieurs
exceptz (excès) à des habitan(t)s dud(it) lieu il auroict esté emprisonné d’où s’estant
sorty il s’en alla au Boucquin chez le sieur de Bouy (Bony) où il donna
un coupt de fusil à un peisant (paysan). Dans ses entrefaictes il prist
son temps que sa mère estoict à la messe un jour de dimanche il
entra au logis, enfonça le cabinet de sa mère, prist ce qu’il y avoict
d’argent et un cheval de son père et s’en alla à Vallanciennes où son
père l’ayant faict emprisonner il trouva moyen de se sauver
et send revend (s’en revint) encore au pays où il fict tant importuner sa mère
par ses voisins qu’il importunoict aussy tour à tour dans leurs
maisons ils résolurent enfin cette pauvre mère de recevoir
encore. Il demeurera avec elle quelque temps et comme il ne pouvoict
changer ses méchantes inclinations il s’en alla au village de Lasché
à la sollicitation d’un malhonneste homme pour hoster aux collecteurs
dudict Lasché une jument qu’ilz avoient prises à quelques peisans où
son père et sa mère n’avoiyent aulcun intérestz et y trouvant de la
résistance il tua l’un desdictz collecteurs, pour quoy il y a information
par ordre de monsieur l’Intendant en la générallité de Moullins,
ce qui obliga le malheureux enfant de se retirer à Strassebourg
où il ne fut pas longtemps sans donner deux ou trois coups
d’épée à un officier et fut contraint de s’enfuir à Uningues où ayant

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trouvé le sieur de Bombel, major de cette forteresse, amy dudict sieur
Dupré, son père, il le fit mettre sur les travaux comme ingénieur
mais le malheureux enfent voullant marquer toutte sa méchante
conduitte, il quictta cet emploi et s’en revin(t) la nuict à la maison de son père,
en chasse sa mère le pistollet à la main, fict porter de la
paille dans la salle par les domesticques jurant qu’il brusleroict
la maison, ensuitte rompi(t) ensuite touttes les serrures et prit ce qu’il
trouva d’argent, et les habitz de son père et emmena un de ses chevaux,
ce qui faict cognoistre que c’est un homme dans les désordres
sans retour. A ces causes déclarent lesdictz sieur et dame DUPRÉ déclarent
qu’ilz exhérèdent ledict François DUPRÉ dict Labrosse, leur filz,
et ne veullent pas qu’il ayt aulcune part dans leurs biens,
au contraire l’en prive par ces présentes, l’en jugant indigne
par les raisons cy dessus explicquées et autres qu’ilz
n’explicquent pas pour ne pas faire un plus grand déshonneur
à leurs familles, estant leur vollonté. Faict audict lieu et maison
seigneurialle de Guippy les an et jour que dessus, en présence
de m(aitr)e Jean Bobin, sergent royal demeurant à Chitry-les-Mines,
et Jean Bluzat le jeune, maréchal demeurant audit Guippy, tesmoins.

Signatures : François Dupré, Anne de Bony, F. Cahouet, Bluzat, Bobin.

Transcripteur : Michel Taupin

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